La politique n’est pas seulement le lieu de la fureur, elle est aussi le lieu de la joie, du bonheur partagé et de l’enthousiasme populaire. »
Voilà sur quels mots nous sommes entrés en campagne sans avoir l’air d’y toucher. Tous et toutes, collectivement et ici même.
Parce qu’une culture militante qui ne propose que l’urgence, la colère et l’affrontement finit par s’épuiser. La colère peut mettre en mouvement. Mais il faut aussi donner une raison de rester.
Et si le jeu pouvait en être une ?
Nous ne voulons pas remplacer le militantisme par le jeu. Nous ne voulons surtout pas transformer chaque jeu en tract déguisé.
Nous voulons créer des passages.
Du plaisir vers la curiosité.
De la curiosité vers la discussion.
De la discussion vers la compréhension.
Et de la compréhension vers l’action.
Cela peut commencer par une campagne de jeu de rôle. Par un jeu de plateau. Par un quiz. Ou simplement par trois mots trouvés sur une grille de mots croisés au milieu d’un marché.
Pierre Lemaitre disait aux AMFIS 2026 : « Le rôle de la littérature, c’est d’être un exercice d’entraînement à imaginer d’autres réels possibles. »
Le jeu permet d’aller encore un peu plus loin : nous pouvons agir dans ces autres possibles.
Nous pouvons changer de point de vue, expérimenter une société différente, négocier, coopérer, construire une coalition, prendre une mauvaise décision, en constater les conséquences et recommencer.
La table devient un laboratoire politique, dans un cadre sécurisé où l’on conserve le droit à l’erreur.
Et nos imaginaires sont déjà politiques.
La fantasy et la science-fiction parlent de classes sociales, de racisme, d’impérialisme, d’environnement, de pouvoir et de révolutions. Alors demandons-nous aussi : qui sont nos héros ? Qui raconte leurs histoires ? Qui reste toujours à la marge ?
Et regardons derrière nos loisirs. Qui travaille dans nos conventions et nos festivals ? Qui est payé ? Qui ne l’est pas ? Qui récupère la valeur produite par les artistes, les auteurs, les artisans, les techniciens et les bénévoles ?
Enfin, sortons des tables de jeu.
Remettons des jeux dans les rues, sur les marchés, dans les parcs et sur les places. Organisons des kermesses populaires. Faisons de l’espace public un endroit où l’on peut de nouveau se rencontrer, jouer et discuter.
Retrouvons l’Agora.
Au lieu de commencer par demander :
« Vous voulez parler politique ? »
Essayons simplement :
« Vous voulez jouer ? »
Jouer. Incarner. Comprendre. Partager. Agir.
Jean-Luc Mélenchon en appelait à « une campagne de joie, de bonheur et de fierté populaire ».
Prenons cette proposition au sérieux.
Alors jouons.
